Demain, seras-tu augmenté ou diminué ?
Augmentation humaine, désapprentissage, compétences
Le vertige
Le même outil peut faire de vous un meilleur pilote ou un mauvais conducteur.
Le GPS vous a donné la ville entière, et vous a fait perdre le sens de l'orientation. La calculatrice vous a libéré du calcul mental, et a usé votre tête sur les chiffres simples. Les correcteurs orthographiques ont gommé vos fautes, et avec elles une partie de votre mémoire de l'orthographe.
L'IA promet de vous rendre plus puissant : meilleur écrivain, meilleur designer, meilleur analyste, meilleur médecin. Plus rapide, plus précis, plus créatif. La promesse est vraie.
Reste à savoir si vous sortirez de l'aventure avec une compétence en plus ou une compétence en moins.
Le point de départ
Quand un humain utilise un outil, il se passe deux choses en même temps : il accomplit la tâche, crée des connexions cérébrales, et s'entraîne (ou se désentraîne). Pendant des décennies, nous avons inventé des outils qui faisaient le travail pénible, pendant qu'ils nous laissaient le geste essentiel.
L'IA, elle, peut faire le geste essentiel. Et nous laisser le travail pénible : celui de relire, de valider, de corriger.
La question n'est donc plus « l'IA va-t-elle remplacer mon métier ? ». C'est : « qu'est-ce que je vais garder, perdre, ou apprendre dans l'exercice de mon métier avec elle ? »
Augmentation ou désapprentissage : cela se joue dans la conception de l'outil (laisse-t-il faire ? laisse-t-il apprendre ?), dans la posture de celui qui l'utilise (vérifie-t-il ? comprend-il ce qu'il valide ?), et dans la culture de l'organisation (entraîne-t-elle ses gens ou les rend-elle dépendants ?).
Demain
Demain, des étudiants entreront sur le marché du travail après avoir rédigé toutes leurs disserts avec une IA. Des juniors seront formés à un métier qu'ils n'ont jamais pratiqué sans assistant. Des seniors auront peu à peu désappris des gestes qu'ils maîtrisaient pourtant. Le recrutement des juniors ne se faisant plus, nous n'aurons même plus de senior.
La question deviendra alors : qu'est-ce qu'un humain compétent en 2030 ? Quelles sont les compétences qu'on doit absolument préserver, et celles qu'on peut sereinement déléguer ?
Angles possibles
Revue d'articles pour commencer
Garry Kasparov — Deep Thinking
Le récit, par le champion d'échecs battu par Deep Blue, de la manière dont il a inventé les « centaures » (humain + IA) — et ce que cela lui a appris sur la collaboration.
Erik Brynjolfsson — The Turing Trap
Un article court et puissant qui distingue automatisation (remplacer) et augmentation (renforcer).
Daniel Susskind — A World Without Work
Pour penser le métier comme un assemblage de tâches dont certaines partiront vers la machine.
Recherches sur le cognitive offloading (Sparrow, Storm, Risko)
Pour comprendre ce qui se passe dans la tête quand on délègue à un outil — et ce qu'on y perd.
Harry Braverman — Labor and Monopoly Capital
Un classique sur le deskilling (déqualification) qui éclaire avec étrange précision la situation actuelle.
Articles récents sur l'usage de l'IA chez les étudiants et les jeunes développeurs
Pour entendre ceux qui sont déjà dans la vague — ce qu'ils gagnent, ce qu'ils perdent.
Tester vous-même
- Écrivez un texte court sans IA. Puis le même texte avec. Voyez vous une différence dans le résultat, mais aussi dans votre tête ?
- Faites mentalement un calcul que vous posez d'habitude. Notez le temps que cela vous prend, et la confiance que vous accordez à votre propre tête.
- Identifiez une compétence que l'IA vous a fait gagner cette année. Et une qu'elle est en train de vous faire perdre.
Et vous, dans quel contexte l'anchreriez-vous ?
La tension entre augmentation et désapprentissage se joue différemment selon qu'on forme des étudiants, des salariés ou des créatifs.
Enseignement supérieur
Étudiants, apprentissage avec l'IA, évaluation des compétences réelles en fin de formation
Entreprise
Onboarding des juniors, formation continue, gestion des compétences à l'ère de l'IA
Industrie créative
Design, écriture, musique — garder une pratique ou déléguer le geste essentiel